Mes boîtes à lumières

Nikon EM 1979

Si il devait y avoir un point de départ à mon intérêt pour les boites à lumière, cet appareil en serait la synthèse.

A la base, il n’était à mes yeux qu’un objet reçu en héritage, ce Nikon ayant été acheté par mon grand-père maternel. Et même si je ne peux savoir quand exactement, je sais que ce modèle a été produit entre 1979 et 1982, juste avant ma naissance donc…

Quand j’ai découvert la photographie durant mes études, il était le seul appareil que j’avais alors sous la main pour travailler mes projets. Il ne m’aura d’ailleurs pas servi longtemps. Le Nikon EM était considéré comme un boîtier amateur à sa sortie. L’exposition est automatisée : on règle le diaphragme, et il en déduit le temps d’ouverture. J’ai appris par la suite, que ce système était d’ailleurs en panne, et qu’il se contentait d’ouvrir à une valeur par défaut. Incapable de prendre une photo dans un autre contexte qu’en plein soleil, il a été rapidement remplacé par un Canon 300 flambant neuf, et entièrement paramétrable, que j’ai pris pour une bête de course à l’époque.

Le vieux Nikon aurait pu tomber dans l’oubli, et pourtant…

C’est en fait le premier appareil avec lequel j’ai eu la sensation de créer quelque chose, et pas simplement collecter des souvenirs de vacances. Le touché quasi-métallique (c’est en fait du très bon plastique), la visée reflex, le réglage du diaphragme, la mise au point manuel, la vibration du déclenchement…Encore aujourd’hui je le regarde et le manipule avec délectation. Sans pellicule, je vise, fais la mise au point au stigmomètre, le charge, le déclenche… Cette mécanique basique me fascine toujours autant.

Techniquement ce vieux Nikon ne m’a pas appris grand chose, j’ai bien plus pratiqué sur mes autres boîtiers. Mais artistiquement, il m’impose beaucoup de réflexion sur mon travail dès je le vois. A chaque instant cet appareil vous rappelle que vous faites des choix bien précis, pour obtenir un résultat bien précis. Un paradoxe où, à travers un ensemble de procédures mécaniques et chimiques, vous obtenez un cliché final qui est un concept de l’esprit, une vision, une abstraction. Cet objet est incapable de le comprendre, il nous rappelle qu’il n’est qu’un outil, que l’on doit maîtriser, comme une extension de nous-même.